Gareth Southgate, l’homme qui a failli offrir à l’Angleterre son premier trophée majeur depuis 1966, ne parle plus de football. Du moins, pas cette fois. L’ancien sélectionneur des Three Lions vient de sortir un documentaire qui détonne : il y questionne la façon dont on éduque les garçons en 2026. Et sa thèse, c’est que les méthodes qui fonctionnent avec les filles ne conviennent pas forcément aux garçons. Voilà qui devrait faire grincer quelques dents.

Pourtant, Southgate ne dit pas ça en l’air. Après avoir passé des années à gérer de jeunes hommes sous pression médiatique constante, il a vu de près ce qui marche et ce qui échoue. Son constat : les garçons et les jeunes hommes traversent une crise silencieuse, et personne ne semble vouloir l’admettre. Taux de décrochage scolaire en hausse, difficultés émotionnelles non traitées, absence de modèles masculins positifs. La liste est longue.

C’est là que ça devient intéressant. Southgate ne joue pas la carte nostalgique du “c’était mieux avant”. Il parle d’adapter l’éducation aux réalités neurobiologiques et psychologiques de chaque sexe. Une position qui risque de le faire taxer de rétrograde par certains, et qui séduira d’autres. Mais au fond, qu’est-ce qu’il raconte vraiment dans ce documentaire ?

Pourquoi Southgate s’intéresse-t-il à l’éducation des garçons ?

Du terrain de football aux salles de classe

On pourrait se demander ce qui pousse un ancien entraîneur de haut niveau à s’aventurer sur le terrain miné de l’éducation. En fait, Southgate n’a jamais été qu’un simple tacticien. Pendant ses années à la tête de l’équipe nationale, il a constamment parlé de santé mentale, d’émotions, de vulnérabilité. Des sujets que les entraîneurs de sa génération évitaient comme la peste.

Son expérience avec des joueurs comme Marcus Rashford, Raheem Sterling ou Harry Kane lui a montré quelque chose de frappant : ces jeunes hommes talentueux arrivaient parfois au plus haut niveau avec des carences émotionnelles béantes. Incapables de gérer la pression. Dépourvus d’outils pour exprimer leurs doutes. Et surtout, conditionnés dès l’enfance à ne jamais montrer de faiblesse.

Une génération de garçons en difficulté

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon une étude de l’Office for National Statistics publiée en 2025, les garçons britanniques ont 3,2 fois plus de risques que les filles d’être exclus de l’école. Ils représentent 76% des jeunes sans qualification à 18 ans. Le taux de suicide chez les hommes de moins de 25 ans a augmenté de 18% depuis 2020.

“On a passé deux décennies à rattraper notre retard sur l’éducation des filles, et c’était absolument nécessaire. Mais on a créé un système qui pénalise les garçons sans même s’en rendre compte.” — Gareth Southgate

Ce que Southgate observe, c’est un paradoxe cruel. La société demande aux garçons de devenir sensibles, ouverts, à l’écoute. Mais elle continue de les punir quand ils ne tiennent pas en place, quand ils ont besoin de bouger, quand ils apprennent différemment. Résultat : beaucoup se sentent inadaptés, étiquetés comme problématiques dès le primaire.

L’absence de modèles masculins dans l’éducation

Dans une certaine mesure, le problème commence dès la maternelle. En Angleterre, seulement 14% des enseignants du primaire sont des hommes. Ce chiffre tombe à 3% en maternelle. Pour beaucoup de garçons issus de foyers monoparentaux, cela signifie une absence quasi totale de figures masculines dans leur quotidien entre 3 et 11 ans.

Southgate ne dit pas que les femmes sont de mauvaises enseignantes, loin de là. Il souligne simplement que les garçons ont besoin de voir des hommes qui incarnent autre chose que les stéréotypes véhiculés par les réseaux sociaux ou la culture populaire. Des hommes qui lisent, qui écoutent, qui expriment leurs émotions. En fait, des hommes complets.

Enseigner différemment : qu’est-ce que ça veut dire concrètement ?

Accepter le besoin de mouvement

Ce qui frappe d’abord dans le documentaire de Southgate, c’est son insistance sur le mouvement. Les garçons, en moyenne, ont besoin de bouger davantage que les filles pour apprendre efficacement. Ce n’est pas une opinion, c’est de la neurologie. Le cortex préfrontal des garçons, qui régule l’attention et l’impulsivité, se développe plus lentement.

Pourtant, le système éducatif britannique — comme beaucoup d’autres en Europe — exige de rester assis et concentré pendant des heures. Pour certains garçons, c’est tout simplement impossible. On les diagnostique alors TDAH, on les médicamente, on les isole. Alors qu’il suffirait parfois d’adapter l’enseignement.

Des écoles scandinaves ont expérimenté des bureaux debout, des pauses actives toutes les 20 minutes, des cours en extérieur. Résultats : les performances des garçons augmentent de 23% en moyenne, et les problèmes de comportement chutent. Simple, non ? Reste une question cruciale : pourquoi si peu d’établissements adoptent ces méthodes ?

Valoriser la compétition et le risque

Southgate va encore plus loin. Il affirme que la compétition n’est pas un vilain mot. Dans beaucoup d’écoles progressistes, on a voulu gommer toute forme de classement, de compétition, de hiérarchie. L’idée était noble : éviter de créer des perdants, protéger l’estime de soi des enfants.

“La compétition, quand elle est bien encadrée, apprend aux garçons à gérer l’échec, à se relever, à mesurer leur progression. Sans elle, ils ne développent jamais cette résilience.” — Extrait du documentaire de Southgate

Il faut bien admettre que la vie adulte est compétitive. Le marché du travail, les relations, les défis personnels. En protégeant artificiellement les garçons de toute forme de compétition, on ne leur rend pas service. On les envoie dans le monde réel complètement désarmés, incapables de gérer la frustration ou la défaite.

Développer l’intelligence émotionnelle sans nier la masculinité

Paradoxalement, Southgate insiste aussi sur l’importance de l’intelligence émotionnelle. Mais pas de cette façon vague et moralisatrice qu’on voit partout. Il parle d’enseigner aux garçons un vocabulaire émotionnel précis. La différence entre être en colère et être frustré. Entre être triste et être déçu.

Dans son documentaire, on voit des ateliers où des adolescents apprennent à nommer leurs émotions à travers le sport. Après un match perdu, on ne leur demande pas juste “comment tu te sens ?”, question trop vague. On leur propose huit émotions différentes et on les aide à identifier laquelle correspond le mieux. C’est beaucoup plus efficace.

Ce qui est intelligent dans son approche, c’est qu’elle ne demande pas aux garçons de devenir des filles. Elle reconnaît qu’ils fonctionnent différemment, qu’ils expriment souvent leurs émotions par l’action plutôt que par les mots. Et ça, c’est acceptable. Ce qui ne l’est pas, c’est l’absence totale d’éducation émotionnelle.

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La prise de risque : une nécessité développementale mal comprise

Pourquoi les garçons ont besoin de se confronter au danger

Voilà un sujet explosif. Southgate affirme que les garçons ont un besoin neurobiologique de prendre des risques calculés. Grimper, sauter, se tester physiquement. Ce n’est pas de l’inconscience, c’est du développement. Leur cerveau libère de la dopamine lors de ces activités, ce qui construit leur confiance et leur capacité à évaluer les dangers.

Mais dans une société de plus en plus sécuritaire, ces comportements sont systématiquement réprimés. Les cours de récréation ressemblent à des prisons de haute sécurité. Les parents paniquent au moindre genou écorché. Résultat : les garçons n’apprennent jamais à gérer le risque. Alors ils le cherchent ailleurs, souvent de manière bien plus dangereuse : conduite imprudente, drogues, défis stupides sur les réseaux sociaux.

L’influence des jeux vidéo et des écrans

Southgate ne diabolise pas les jeux vidéo, ce qui est rafraîchissant. Il reconnaît qu’ils offrent aux garçons ce que le monde réel leur refuse : des défis, de la progression mesurable, une communauté. Mais il s’inquiète de leur impact quand ils deviennent la seule source de gratification.

Une étude de l’université d’Oxford citée dans son documentaire montre que les garçons passent en moyenne 4,7 heures par jour devant un écran récréatif. C’est deux fois plus que les filles. Et contrairement aux idées reçues, ce n’est pas principalement de la paresse. C’est souvent parce qu’ils ne trouvent pas ailleurs les structures et les défis dont ils ont besoin.

Autrement dit, si on leur proposait des activités physiques engageantes, des projets concrets, des espaces où bouger et prendre des risques, beaucoup décrocheraient naturellement des écrans. Le problème n’est pas la console de jeu. C’est l’absence d’alternative satisfaisante.

Créer des espaces de masculinité positive

C’est là que le discours de Southgate devient vraiment intéressant. Il plaide pour la création d’espaces où les garçons peuvent développer une masculinité saine, loin des extrêmes. Ni la caricature du mâle alpha toxique, ni l’effacement total de toute spécificité masculine.

Dans son documentaire, on découvre des initiatives comme des groupes de mentorat où des hommes adultes accompagnent des adolescents dans des projets manuels : construction, menuiserie, mécanique. Des activités qui combinent effort physique, apprentissage technique et transmission intergénérationnelle. Les résultats sont spectaculaires : baisse de 67% des comportements agressifs, amélioration des résultats scolaires, augmentation du bien-être déclaré.

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Les réactions au documentaire : entre soutien et controverse

L’accueil des spécialistes de l’éducation

Le travail de Southgate divise profondément le milieu éducatif. Certains pédagogues applaudissent. Enfin quelqu’un qui ose dire que l’égalité ne signifie pas l’uniformité. Que traiter différemment des enfants qui fonctionnent différemment n’est pas de la discrimination, c’est de l’intelligence.

D’autres, en revanche, y voient un retour en arrière dangereux. Ils craignent que cette insistance sur les différences biologiques ne serve à justifier des stéréotypes dépassés. Que ça ne devienne une excuse pour limiter les opportunités des filles ou pour maintenir des rôles de genre rigides.

“Ce débat illustre parfaitement notre difficulté collective à penser la différence sans tomber dans l’inégalité. On peut reconnaître que garçons et filles ont des besoins éducatifs partiellement différents sans pour autant les enfermer dans des cases.” — Dr. Sarah Mitchell, psychologue de l’enfance, The Guardian

La réponse des associations féministes

Même si cela reste à nuancer, certaines associations féministes ont exprimé leur inquiétude. Elles soulignent que pendant des décennies, on a justifié l’exclusion des filles de certaines filières par des arguments “biologiques”. Aujourd’hui, on risque de reproduire la même erreur en sens inverse.

Southgate répond calmement à ces critiques. Il rappelle que son approche n’enlève rien aux filles. Qu’on peut très bien adapter l’enseignement aux garçons sans revenir sur les progrès accomplis pour l’égalité. Ce n’est pas un jeu à somme nulle. Les deux sont possibles simultanément.

L’impact sur les politiques éducatives

Reste à voir si ce documentaire influencera concrètement les politiques publiques. Plusieurs députés britanniques ont déjà demandé une commission d’enquête sur l’échec scolaire des garçons. Le ministère de l’Éducation a annoncé un programme pilote dans 50 écoles pour tester des approches différenciées.

Mais on sait comment fonctionnent les administrations. Entre l’annonce et la mise en œuvre effective, il peut s’écouler des années. Et entre-temps, combien de garçons auront décroché, développé des troubles du comportement, perdu confiance en eux ?

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Au-delà du débat : que faire concrètement ?

Pour les parents

Vous n’avez pas besoin d’attendre une révolution du système éducatif pour appliquer certains principes chez vous. Southgate donne des pistes concrètes dans son documentaire. D’abord, acceptez que votre fils ait besoin de bouger. Beaucoup. Arrêtez de lui dire de se calmer toutes les cinq minutes. Trouvez-lui des activités physiques exigeantes : escalade, arts martiaux, rugby, danse même.

Ensuite, donnez-lui du vocabulaire émotionnel. Pas juste “tu es content ?” ou “tu es triste ?”. Soyez précis. Demandez-lui s’il est déçu, frustré, anxieux, excité, fier. Plus vous lui offrez de mots, mieux il comprendra ce qui se passe en lui. Et mieux il pourra l’exprimer autrement que par des coups ou des cris.

Enfin, laissez-le prendre des risques mesurés. Oui, il va tomber. Se blesser un peu. Échouer. C’est exactement comme ça qu’il apprendra à évaluer ses capacités, à rebondir, à devenir résilient. Votre rôle n’est pas de supprimer tout danger, mais de l’accompagner dans son apprentissage du risque.

Pour les enseignants

Si vous enseignez, vous avez probablement remarqué que certains garçons peinent dans le cadre scolaire classique. Avant de les étiqueter comme “perturbateurs” ou “inattentifs”, demandez-vous si votre pédagogie leur convient. Intégrez du mouvement dans vos cours. Faites-les manipuler, bouger, expérimenter.

Utilisez la compétition de manière constructive. Des quiz en équipe, des défis chronométrés, des classements tournants où tout le monde a sa chance. Beaucoup de garçons sont motivés par ce type de structure. Ce n’est pas mal, c’est différent. Et en l’utilisant intelligemment, vous pouvez transformer leur énergie en engagement.

Pour la société dans son ensemble

Il faut absolument attirer davantage d’hommes dans l’enseignement primaire. Pas parce que les femmes font mal leur travail, mais parce que la diversité des modèles est essentielle. Un garçon doit pouvoir voir qu’un homme peut être doux, patient, intellectuel, sensible. Qu’être enseignant n’est pas moins viril qu’être footballeur ou soldat.

On pourrait objecter que c’est difficile tant que les salaires restent bas et la profession dévalorisée. C’est vrai. Mais justement, revaloriser l’enseignement devrait être une priorité nationale. Si on veut réellement s’occuper de cette génération de garçons en difficulté, c’est par là qu’il faut commencer.

Gareth Southgate a ouvert une porte. Une porte sur un débat qu’on refuse trop souvent d’avoir, par peur d’être mal compris ou mal jugé. Mais la réalité ne disparaît pas parce qu’on refuse de la regarder. Les garçons sont en difficulté. Ils ont besoin d’une éducation qui les comprenne, qui valorise leurs forces sans nier leurs vulnérabilités. Ce n’est pas du sexisme, c’est du bon sens. Et peut-être qu’il était temps que quelqu’un d’aussi respecté que l’ancien sélectionneur anglais le dise à voix haute. Reste maintenant à transformer les mots en actions. Et là, c’est une autre paire de manches.

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